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Pourquoi changer la démocratie ?

Passons de la "représentation" à la "participation" !

Avant de dire pourquoi et comment nous devrions changer de modèle démocratique (et donc de pratiques), revenons brièvement sur les fondements mêmes de cette belle idée...

Car, comme d'habitude, voici un concept qui est magnifié au-delà du raisonnable par ses tenants qui, bien sûr, ignorent ses origines (quel donneurs de leçons ce Lefebvre... à l'entendre, on pourrait croire qu'il s'imagine vraiment avoir la science infuse !). Tout le monde situe les origines bénies de la démocratie dans la Grêce antique. Cette dernière est présentée comme une sorte d'Eden où la liberté et la créativité rivalise avec l'équité et la félicité... Bien entendu, rien n'est plus faux !

La terrible vérité c'est que la Grêce antique n'était conforme à cette image paradisiaque que pour une poignée de privilégiés : l'aéropage. Le reste, les pauvres et les esclaves, avait juste le droit de trimer en silence pendant que l'aéropage inventait les beaux concepts intellectuels que nous célèbrons aujourd'hui. Eh oui, c'était comme cela... pas si terrible, hein ?
Et c'est donc à cet aéropage-ennemi-de-classe que nous devons la démocratie ?
Oui, la démocratie était devenu une nécessité vu que les précédentes expériences de gouvernements tournaient toutes de la même façon : la dictature. Quand l'aéropage nommait un dirigeant (roi ou dictateur justement) pour expédier les affaires courantes, le gérant en question finissait immanquablement par prendre goût au pouvoir et voulait s'y accrocher (quelle impudence !). Il s'est donc avéré préférable d'assumer et de partager le pouvoir entre les membres de cette noble assemblée plutôt que de le déléguer à un commis qui, forcément, dérapait en cours de route...

Partager le pouvoir, oui mais comment ?
Par le biais d'une assemblée qui allait discuter (débattre plutôt) des problèmes à traiter et des décisions à prendre : chaque orateur qui le voulait exposait ses arguments et le vote final permettait de trancher, à la majorité. Avec le temps, il s'est avéré nécessaire de légitimer autant que possible qui faisait partie de l'assemblée et qui en était exclu. D'où la notion de représentants designés (élus) par le peuple (enfin, une partie du peuple, souvenez-vous que les esclaves étaient largement plus nombreux que les autres mais ce n'est pas pour autant que leurs voix étaient prises en considération).

Les voilà donc les fondements sur lesquels reposent notre système (démocratique) actuel. Evidemment, vu de près, c'est tout de suite moins joli-joli...
Nous sommes depuis cinq républiques dans une démocratie représentative, à l'image de la Grêce antique et de son aéropage. Cela pourrait-il être différent ?
Existe-t-il un autre système démocratique qui ne soit pas représentatif ?
Oui et c'est la démocratie participative. La démocratie participative existe bel et bien tout près de chez et fonctionne largement mieux que le système auquel nous sommes tellement habitué que nous peinons à en imaginer un autre, nous y reviendrons.
Avant de décrire comment une démocratie participative pourrait fonctionner et les avantages qu'elle nous apporterait, voyons donc quels sont les nombreux inconvénients du système actuel...

Comme on l'a compris, notre démocratie est de type représentatif. C'est-à-dire que nous désignons par le suffrage universel des représentants (les députés de l'assemblée nationale par exemple) et nous leur laissons faire le travail intéressants. Est-ce là un règle absolue ?
Non, même pas car certains de nos représentants ne sont pas désignés par le suffrage universel mais par le biais d'une élection restreinte aux "grands électeurs" (comprendre les élus entre eux) comme le Sénat l'est encore de nos jours. Nous reviendrons sur cette question du Sénat car elle est formidablement significative de la dérive du système actuel.
Il s'ensuit que les élections portent uniquement sur les candidats et non sur les idées qu'ils sont sensés représenter. Le suffrage ne permet donc pas de trancher des choix de société mais seulement de désigner ceux qui vont trancher à notre place...
Et le font-ils ?
Même pas !
Comment cela, que font-ils alors ?
Ils débattent, certes mais pas des sujets importants puisque ceux-ci font systématiquement l'objet de décisions unilatérales de la part de nos gouvernants. Un exemple ? pas de problème !
Le choix du nucléaire, sujet important s'il en est, n'a jamais fait l'objet du moindre débat à l'Assemblée Nationale que ce soit en 1973 ou après ("et puis quoi encore ?" clame en coeur le lobby du nucléaire !). Et si cela n'est pas une preuve que la représentation parlementaire ne joue pas son rôle, que vous faut-il ?

Pourtant, une vraie alternative existe et fonctionne, c'est la démocratie participative. Existe et fonctionne dis-tu, où cela ?
Mais en Suisse, tout simplement !
Eh oui, les Suisses sont peut-être xénophobes mais sur le plan démocratique, ils n'ont de leçon à recevoir de personne...
Les Suisses ont une classe politique réduite car ils participent effectivement à des "votations" (c'est ainsi qu'ils nomment leurs scrutins référendaires) régulières, significatives, portant sur des vrais sujets et dont les résultats ne peuvent être remis en cause (même quand ces derniers déplaisent à la classe politique locale et à l'Union Européenne !).

Bon, la Suisse... OK mais il s'agit d'un petit pays, à notre échelle, ce n'est pas pareil. Ah oui et pourquoi donc ?
Quels sont les problèmes techniques ou pratiques insurmontables qui empêchent durablement de mettre en place des consultations régulières et souveraines ?
Si je comprend bien, les Suisses le font mais nous, on ne le peut pas, c'est ça ?
Intéressant si on considère qu'en France il est possible de déclarer ses revenus depuis 4 ans via le Web et d'y payer ses impôts en découlant depuis cette année mais pas de voter. Donc, ce système serait suffisament bon pour le fisc mais pas pour la politique... c'est bien ainsi qu'il faut le comprendre ?

La terrible vérité c'est que la classe politique actuelle ne veut en aucun cas passer à la démocratie participative. Ils tiennent fort à la notion de "représentative" et pour cause, la représentation, ce sont eux !
Evoluer vers une vraie participation des citoyens aux décisions, cela signifierait rien de moins que de se passer d'eux. Vous en connaissez beaucoup des politiciens prêts à se sacrifier pour le triomphe d'un idéal ?
La meilleure preuve de cette réticence à nettoyer le système, c'est le Sénat : nous y voilà...
En effet, tout le monde sait que le Sénat (en France) ne sert strictement à rien. Mais si voyons, il est là pour examiner les lois votées par la chambre des députés, enfin !
Objection votre honneur, ils peuvent bien examiner les lois tant qu'ils veulent, les sénateurs n'ont pas le pouvoir de les retoquer. Seul le conseil constitutionnel peut invalider un loi après son adoption. Retour à la case départ, le Sénat est inutile à la Nation, point final.
Inutile à la Nation, certes mais pas perdu pour tout le monde. Le Sénat sert de maison de retraite pour tous les politiciens méritant (ou influents) en bout de cycle (un exemple ? Rafarin !). Du coup, aucun parti politique français ne propose la suppression du Sénat, étonnant non ?

Mise à jour : une démarche de définition de cette V2.0 de la démocratie est en cours sur http://demov2.viabloga.com/

Mise à jour : Mercredi 4 Janvier 2006, 16:23
Alain Lefebvre le 02.01.06 à 17:47 dans Chroniques "La terrible vérité" - Lu 1672 fois
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Commentaires

Une brochure pertinente sur la démocratie

Vu sur le site http://rengen.ouvaton.org

Au dela du dossier sur la démocratie, tous les autres dossiers proposés sont très bien faits et très pertinents (le commerce équitable, le développement, sur le progrès, la dette des pays du Sud, l'agriculture intensive...)

Tout est bon et très bien argumenté!

Martin Bonvin - 02.01.06 à 22:01 - # - Répondre -

Lien croisé

Lionel Lindemann : "MAJ 4/1/06 : Voir chez Alain Lefebvre Pourquoi changer la démocratie ? : Passons de la “représentation” à la “participation” !"

Anonyme - 04.01.06 à 14:48 - # - Répondre -

> La terrible vérité c'est que la classe politique actuelle ne veut
> en aucun cas passer à la démocratie participative.
> Ils tiennent fort à la notion de "représentative" et pour cause,
> la représentation, ce sont eux !

Belle formule, qui résume tout ... bon ben comme je le disais à lionel faut vraiement qu'on passe en V2 : un truc sympa fun : pourquoi souffrir pour voter. Moi je veux pouvoir voter de la plage de Casablanca, je vous pouvoir causer à mon représentant comme je le fais avec toi.

Une démocratie User Friendly aussi sexy que World of Warcraft ... bon là je sais faut qu'en même pas exagérer ... quoi que ;-)

Les jeunes français que je croise sont tout sauf "con" comme le pense ou le disent certaines ames bien pensentes. Ils ne regardent pas les débat politiques à la télé (de toute façon ils regardent plus la télé).

Ils ne votent pas ? quand on leur demande de choisir entre Jospin Chirac ou Le Pen, ils se disent que la marchandise est avariée.

Il est temps de remettre un peu de couleur et de Musique.

Funcky Business était un tiytre de livre célébre de la nouvelle économie ? Une démocratie souriante serait le terme pour demo(s) V2?

Démos = peuple ?
Cratie = états ?

Ne gardons que DemosV2 (V2 est aussi le nom de la compagnie musical de Richard Branson, qui a revendu la marque Virgin Music)

Anonyme - 04.01.06 à 18:10 - # - Répondre -

sweet Suisse !

<p> Un des principal avantage de la democratie paticipative ( outre d'interesser la population à la politique) est de reduire la corruption !</p><p>Je crois que les votations concernent 3 niveaux :</p><p>-communal : "voulez vous une nouvelle classe dans notre ecole ?"<br />-cantonnal : " doit on supprimer le bus entre Grutlidorf et Kronenland<br />-national : "doit on acheter des avions F16 pour notre defense ?"</p><p>Vive la Suisse ! </p>

Francois CALLAT - 05.01.06 à 15:57 - # - Répondre -

Lien croisé

Laurent Bervas : "La terrible vérité (je reprends les paroles d’Alain Lefebvre) « c'est que la classe politique actuelle ne veut se remettre en question et passer à une démocratie participative. Ils tiennent fort à la notion de "représentatiive" et pour cause, la représentation, ce sont eux ! »"

Anonyme - 14.01.06 à 13:41 - # - Répondre -

La démocratie participative

Quelle magnifique idée, mais dans la pratique la perfection n'existe pas. Se passer du Sénat, pas de problème ce serait une première économie facile pour réduire les 2 000 milliards de dette. Je vote pour des deux mains.

Le référendum en France n'est pas au point, répondre par oui ou par non est trop primaire. Le rejet de la constitution européenne a été fait sur des malentendus. Il faudrait donc une meilleure formation et information des citoyens. on ne peu pas compter sur les médias qui s'ils ne sont plus a la botte du pouvoir ne sont toujours pas au service des citoyens.

De plus en plus il semble que l'intérêt particulier l'emporte sur l'intérêt générale, mais là c'est la peur de ne pas être réélue et la démagogie de l'opposition qui nous font le plus de mal. (la démagogie s'applique aussi hélas au pouvoir en place)

L'autre point critique est celui de la connaissance nécessaire pour trancher certaines questions : exemple pourquoi choisir plutôt des F16 que des Rafales ou des spoutniks ?

Pour l'énergie nucléaire la discussion est ouverte, pour ma part je trouve que la connaissance technologique progresse et que lorsqu'on aura atteint l'énergie de fusion ce sera un progrès pour toute l'humanité. Mais il ne faut surtout pas laisser le nucléaire à des entreprises privées. Les savants les ingénieurs et les techniciens qui travaillent sur les centrales nucléaires sont à mes yeux des gents sérieux en qui j'ai confiance. Les directeurs, PDG et actionnaires c'est autre chose. Le risque zéro est une absurdité, pour l'appliquer il faudrait renoncer à avoir des enfants car là le risque est loin de zéro mais je m'écarte du sujet.

Jean - 15.01.06 à 17:37 - # - Répondre -

Pas mal

Mon cher Alain.

Je te tutoie et je suis amical parce que je suis un ancien salarié d'une fameuse SSII dans laquelle je t'ai d'ailleurs connu.

Pour assainir un peu les choses, peut-être pourrions nous commencer par :
- Interdire effectivement le cumul des mendats
- Interdire de tenir une fonction plus de deux fois

Nous aurions ainsi un renouvellement que je juge salutaire.
La politique n'a pas à être un métier.
Ces gens se coupent assez vite des réalités quotidiennes et au final, nous obtenons de fait une représentativité de pacotille.

Merci pour cet article.

eranoe - 17.03.06 à 22:43 - # - Répondre -

pardon, on dit aréopage et non aéropage
Avec mes sulatations distinguées...

Anonyme - 16.07.07 à 17:56 - # - Répondre -

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