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La terrible vérité sur les aides financières

Et si on se trompait complétement sur la notion d'aide au développement ?

Un article particulièrement intéressant et édifiant aujourd'hui sur Libération : La Palestine, un Etat en faillite permanente.
Dans cet article, on apprend que, entre autres, "la Palestine est aujourd'hui la contrée la plus assistée au monde. En 2005, l'aide étrangère y a atteint 1,1 milliard de dollars, soit 366 dollars par habitant. Par comparaison, en Afrique, elle dépasse rarement les 30 dollars par tête."
Continuons à citer Libé, extraits :

Cette enveloppe, destinée au développement, a surtout servi au fil des ans à renflouer les caisses de l'administration palestinienne.
...
L'Autorité palestinienne a continué à recruter à tout-va. Cet été, près de 4 000 militants ont été enrôlés dans les services de sécurité. Des prises d'otages occidentaux à Gaza se sont parfois réglées par l'embauche d'une dizaine de membres d'un même clan.
Edifiant, n'est-ce pas ?
Mais, après tout, si les occidentaux sont assez bêtes pour alimenter ainsi un puit sans fond, pourquoi s'en priver, pensent sûrement les Palistiniens qui profitent le plus de cette mane.

Ceci dit, il ne s'agit pas ici de faire le procès des Palestiniens profiteurs en plus d'être terroristes. Interrogeons-nous plutôt sur le principe même des aides, surtout financières, qui sont envoyées aux pays dit du tiers-monde. Cela fait des dizaines d'années que des millions d'Euros sont déversés sur des contrées présentées comme nécessiteuses... et avec quels résultats ?
On le sait tous, des résultats très décevants pour ne pas dire pire.

Les prêts (qui forment le dette actuelle de ces pays) ont souvent été utilisés pour acheter des armes (vendues par ceux qui accordaient les prêts... rien ne se perd !). Et c'est pour ce cycle infernal qu'ensuite les grands organismes internationaux comme le FMI imposent des politiques d'austérités ?
Si on avait pu présenter d'avance ces beaux résultats, les populations concernées auraient simplement dit "merci mais non merci, gardez donc votre argent".

Pareil pour les dons. Seule une partie réduite (pour ne pas dire infime) de l'argent envoyé pour les victimes du tremblement de terre au Cachemir (par exemple, pour reprendre un événement récent et encore dans les mémoires) va à ceux qui en ont le plus besoin. Sur le terrain, quelques ONG se battent vraiment pour faire changer les choses mais les plus actives sont aussi les moins tolérées par les autorités locales. Les gouvernements préférent largement celles qui ont le mieux compris les régles non-écrites du "charity-business" et qui, pour creuser un puits dans un village, ont besoin d'hospitalités climatisées, de téléphones par satellites et de 4x4 dernier cri.
Je ne suis pas certain que le puits en question méritait cette débauche de technologie et cet étalage de richesse. Je ne suis pas certain non plus que les villageois qui auront bénéficié de ces largesses garderont un bon souvenir de l'aide occidentale.

Je crois qu'il est temps de remettre en cause le principe même de l'aide au développement. Non pas parce qu'il s'agit d'un gaspillage de notre argent mais parce que les effets ne sont pas positifs, tout simplement.
Oui, au bout du compte, c'est bien notre argent qui est ainsi dépensé inutilement. Je peux être sensible à la détresse d'un peuple touché par une catastrophe mais je suis vite aterré par l'usage qui est fait de mes dons ou de mes impôts quand je vois qu'ils sont utilisés pour fournir des Mercedes et des Kalachnikovs à quelques excités qui entrainent tout un peuple dans un abime sans fin.
Mais ce n'est pas cela le plus grave. En effet, j'accepterais volontiers un peu (ou même beaucoup) de gaspillage de mon bel argent si seulement ça servait à quelque chose de positif. Hélas, rien de positif ne semble sortir de notre aide au développement. Pire, il apparait même que c'est tout le contraire qui arrive : plus nous aidons certains pays et moins ils s'en sortent !

En effet, comment expliquer autrement l'état où se trouve l'Afrique aujourd'hui ?
Des dizaines d'années de programmes qui se superposent pour quoi ?
Pour rien ?
Non, même pas pour rien (cela serait un moindre mal), pour finalement arriver à une situation pire qu'avant notre intervention !
Qui oserait aujourd'hui dire que notre action présente un "bilan globalement positif" ?
C'est un peu comme la risible influence positive de la colonisation... la colonisation n'a été positive pour personne, même pas pour les empires qui l'ont mené !

Mais alors, que proposes-tu ?
Que faut-il faire pour aider efficacement les pays et les peuples dans le besoin ?
Rien.
Quoi, tu ne proposes rien ?
Non, je dis qu'il ne faut *rien* faire, nuance...
Ne rien faire... non, tu n'es pas sérieux !
Si parfaitement sérieux, si on veut vraiment aider ces pays et ces peuples, il faut d'abord les laisser tranquilles, ne pas intervenir. Notre intervention n'est pas adaptée à leurs contextes, elle n'est pas efficace, elle est pertubante, elle sème le désordre et la corruption. Le mieux est donc de ne plus intervenir.

En première analyse, cela parait difficile à admettre puisque cela va à l'encontre de ce qu'on pratique depuis des décénies. De plus, tous nos médias ne nous proposent pas d'autre voie que "plus de la même chose", alors on trouve naturel de poursuivre...
Pourtant, on commence à s'apercevoir qu'il serait temps d'arrêter de polluer notre environnement puisque nous finissons par sérieusement abimer notre milieu. Nous devons également considérer que nos voisins proches ou lointains font partie de notre environnement. Et, en toute logique, nous devons éviter de les polluer, de les abimer.
Pour cela, il faut changer notre attitude plutôt que de continuer à faire "plus de la même chose" : arrêtons notre aide au développement puisqu'elle est néfaste, je suis persuadé que ces pays ne s'en porteront pas plus mal, au contraire...

Voilà tout ce qu'a trouvé ce donneur de leçons privilégié : stopper l'aide aux pauvres !
Décidément, l'oppression capitaliste se sent pousser des ailes en ce moment : même un petit profiteur comme Lefebvre pense qu'il peut prôner l'arrêt de l'aide au développement !

Allons, soyons réalistes : on sait bien que ceux qui profitent de nos aides, ce ne sont justement pas les pauvres !
Ce sont précisement ceux qu'on voudrait le moins aider (les profiteurs, les dictateurs et autres seigneurs de la guerre) qui bénéficient le plus et le mieux de nos programmes qui sont conçus sans connaître la réalité du terrain. L'aide sous la forme actuelle n'est pas seulement inefficace, elle est nocive, néfaste !
Nous devons arrêter ces programmes qui ne font que perpétuer des situations injustes, que maintenir en place des dirigeants corrompus, qu'alimenter des fauteurs de troubles avides. Nous devons arrêter de penser à ces pays comme à des provinces sous tutelle. Nous devons cesser de croire ce qu'on nous présente comme étant "nécessaire, pour leur bien".
La terrible vérité, c'est que dans "aide au développement", ce n'est pas le mot aide qui compte mais bien le mot développement. La finalité de ces programmes, ce n'est pas de venir en aide aux populations mais plutôt de permettre le développement de nouveaux marchés, de nouveaux débouchés et peu importe à quels coûts !
L'Afghanistan est toujours une contrée désolée où l'illétrisme domine mais, signe inconstestable de progrès, on comme à y construire des centres commerciaux ultra-modernes... en effet, ça va tout de suite mieux. Une fois encore, à qui profite le crime ?

Mise à jour : Mardi 22 Avril 2008, 19:15
Alain Lefebvre le 01.02.06 à 08:24 dans Chroniques "La terrible vérité" - Lu 488 fois
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Commentaires

Excellente analyse!

Bravo! Analyse très pertinente

L'association Survie avait démontré que moins de 3% de l'APD (l'aide pour le Développement) servait la cause des plus déshérités
Le reste sert les intérêts de nos entreprises, sert bien entendu les dirigeants corrompus (que l'on a su mettre en place et soutenir - qui sait par exemple que bons nombres de dictateurs africains sont des ex de l'armée française, voire des services secrets français?), sert nos intérêts économiques occidentaux bien compris d'une manière générale (sans parler de trafics non avouables de toutes sortes pour défendre ces intérêts qui vont de la simple corruption de fonctionnaire au crime contre l'humanité)

En bref, tout cela se fait au nom du développement pour aider les soits disants pauvres africains, mais ce que l'on pense à servir et maintenir, ce sont surtout les rentes de situations issues de la colonisation.
En fait on est resté en position de "colons", mais en s'affrichissant d'une partie de l'intendance (quite à soutenir en sous-main les dirigeants qui servent nos intérêts et à éliminer les autres).
Le général de Gaulle avait confié cette mission de défense de nos intérêts à Foccart, lors de la prise d'indépendance de nos colonies. Homme peu connu, mais qui a influencé fortement tous les présidents de la Vème république. Tous les présidents suivants ont emboité le pas de cette politique d'asservissement et de financement occulte bien pratique pour enrichir de nbreux intérêts privés et défendre l'intérêt "supérieur" de la nation.

Question à 10 francs : comment ferait-on (nous les français) sans le pétrole et l'uranium africain pour ne parler que de ces 2 ressources critiques, que l'on pille allègrement et que l'on sous-paye aux africains ?

PS : pour le sujet sensible de la Palestine, on est encore une fois dans une situation de colonisation par un état dominant qui cherche à renforcer son emprise sur 2 ressources encore plus stratégique que l'uranium ou le pétrole, car il s'agit de l'eau et de la terre
(le reste n'est que le chiffon rouge que l'on agite pour justifier cette politique d'oppression - en l'occurrence le chiffon rouge est le terrorisme - ce qui ne signifie pas bien entendu qu'il n'y a pas de terrorisme, et qu'il ne faut pas lui trouver une solution...mais apparement les moyens employés que ce soit par les gouvernement russes (pour la Tchétchénie par exemple), américain (pour l'Irak entre autres), ou Isarélien (pour la Palestine) ne semblent pas donner les bons résultats sur ce plan...    

Martin Bonvin - 01.02.06 à 19:00 - # - Répondre -

James Shikwati : "Pour l’amour du ciel, arrêtez avec ces aides..."

Merci pour le brillant exposé de cette "terrible vérité" !

Je pense que cette interview de James Shikwati qui va dans le même sens complète particulièrement bien cet article en donnant un point de vue identique, vu depuis l'Afrique... et avec le même ton "sans demi-mesure"   :)
 

 
« Supprimez les aides »

James Shikwati est un économiste kényan célèbre pour sa critique sans appel de l'assitance étrangère, et pour son militantisme pour "des droits de propriété libéraux et la règle de droit en Afrique".

Cela dit, si ne *rien* faire semble préférable que faire ce qui a été fait jusque là, je suis persuadé qu'il est intéressant de réfléchir en profondeur à ces analyses afin de trouver la fin "la plus heureuse" à ces relations Nord-Sud... Car on peut difficilement imaginer un passage brutal du *tout* au *rien*.

Je suggère [pour ceux qui lisent l'anglais] de suivre ce qu'il se dit dans cette discussion . Des human(itar)istes de différents pays débattent de cette interview de
James Shikwati.

Voici comment commence la discussion :

"These are certainly sobering words for anyone seeking to help make the world a better place. Mr. Shikwati is not alone in talking like this; I have heard other Africans say the same thing.

The geek in me wants to think that the way out of the situation is to create a better feedback mechanism to figure out what works.

I'd be interested in the thoughts of others who are in this orbit..."


   

Grégoire Japiot - 03.02.06 à 19:55 - # - Répondre -

Les pilleurs de tous temps ont toujours endetté les pillés...

Ce qu'il faut bien comprendre c'est que l'aide au développement est là pour renforcer la dépendance des pays du Sud aux pays du Nord
L'aide est couplée à des tas de conditions (qui ont pour objectifs tout simplement de renforcer ces pays à la logique de Marché que l'on contrôle à notre profit), une partie de l'aide servant souvent à rembourser une partie des intérêts de la dette abyssale dans lesquels on les a plongés.

Cette dette est une mécanique redoutable (pilotée par le FMI, la Banque Mondiale et les grandes banques privées) qui permet de tenir à la gorge les gouvernements du Sud et leur empêcher toute politique qui irait dans leurs intérêts, notamment ceux de leur population, si tant est qu'un dirigeant courageux et non corrompu arrivait au pouvoir (on peut considérer que cela arrive de temps en temps comme avec un Lula, mais on peut voir vite les limites de sa marge de manoeuvre, et aujourd'hui on peut considérer qu'il remplit parfaitement son rôle d'agent au service de la mondialisation).
A propos de la mondialisation il faut se souvenir de  cette formule de Henri Kissinger : "La mondialisation, ce n'est que le nouveau nom de la politique hégémonique américaine"

L'aide au développement, les prêts consentis tout cela relève du même objectif : poursuivre la logique d'asservissement des pays du Sud (comme à la belle époque de la colonisation), pour piller sans retenue les ressources prodigieuses des pays du Sud.
(et en plus on essaye de se donner le beau rôle en faisant croire qu'on leur donne une partie de notre argent).

Les pilleurs de tous temps on toujours endetté les pillés. Et l'occident n'a pas échappé à cette règle. Mais on peut dire que l'on a atteint des sommets sur un plan "qualitatif" et quantitatif. "Progrès" oblige!

A ce niveau, je ne suis pas d'accord avec la formule de M. Lefbvre pour dire que les empires coloniaux n'ont pas profité de la colonisation. Si largement! Le bénéfice est considérable (même si on peut critiquer un certain nombre de choix, et si on s'est laissé "doublé" par les américains par la suite sur le terrain, car eux aussi ont voulu leur part). Et aujourd'hui on continue à profiter des circuits commerciaux que l'on a mis en place, que l'on peut résumer simplement à :
- Pillage des matières 1ères pour pas cher du tout (pire gratuitement, même en devant payé en plus de la fourniture des matières 1ère, grâce à la mécanique "subtile" de la dette)
- Ecoulement de nos excédents, de nos occasions à la casse (notamment les armes légères), et de toutes nos technologies ruineuses en énergie et en matériau d'aucune utilité pour les populations sauf pour l'élite qui sert de rempart/couverture à notre pillage.

Et si tout cela s'arrête (aide et prêt), on comprend bien maintenant que cela va faire très mal à notre portefeuille et à notre confort matériel ?
Prêt à y renoncer ?

Non, finalement les africains ont besoin de nous, je crois que j'ai parlé trop vite....

Martin Bonvin - 05.02.06 à 17:12 - # - Répondre -

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