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Retour sur l'histoire de l'Internet Français

Le documentaire "Quand l'Internet fait des bulles"

Voici un documentaire en deux parties bien fait et intéressant. Il faut dire qu'il est l'oeuvre de Benjamin Rassat déjà l'auteur de l'inoubliable "McEnroe-Lendl, 31 mai 1988 : Le Crépuscule des dieux", un autre documentaire formidable consacré au tennis...

Pour ce qui est de "Quand l'Internet fait des bulles", j'avais été en contact avec Benjama Rassat en mars 2006 au moment où il réalisait son film. Voici un extrait de notre échange à propos des IPO (introduction en bourse) , mécanisme qu'il l'intéressait tout particulièrement :

Sur la partie IPO, il a beaucoup à dire.
En particulier sur la notion d'introduction "garantie". L'AMF (ex-
COB) exige que les introductions en bourse sur le nouveau marché soient "garanties", qu'est-ce que cela signifie ?
Que l'intro ne peut pas être accompagnée seulement par des ITC
(introducteurs et teneurs de marché... ceux qui vendent le papier en fait et sont responsables de la tenue des comptes des échanges sur le titre en question) mais doit également être appuyée par une banque (un organisme bancaire agréé par l'AMF... la place quoi !) qui va se porter garante du succès de l'opération. En clair, si les titres ne trouvent pas preneur lors de l'intro initiale, la banque va acheter les titres en question pour que l'opération ne tourne pas au fiasco (ce qui serait préjudiciable pour tout le monde).
Et combien de fois voit-on une banque garante jouer son rôle ?
Jamais, vous avez parfaitement deviné !
Car, si l'intro se présente mal, les ITC (qui ont partie liée avec la
banque, souvent ils viennent du même groupe) vont peser de tout leur poids pour faire en sorte que le client annule l'intro de lui-même (c'est pas beau de voir les clients se saborder eux-mêmes ? ah, les braves gens !). C'est arrivé en avril 2000 avec nous et avec plein d'autres. Ce n'est qu'après que j'ai compris toute la mécanique du trucage (on pourrait même dire mensonge voire escroquerie) et là, j'ai viré nos ITC, j'en ai trouvé d'autres et nous avons relancé l'opération en juillet sur des bases de valorisation plus raisonnables. Du coup, c'est passé facile alors que nous étions vraiment limite en date (le "summer break" était presque déjà là) :
SQLI a été demandé 10 fois lors de son intro. la suite a été moins brillante après un bref succès d'été mais c'était dans un contexte où toutes les bourses étaient dépressives (éclatement final et bien réel de la bulle).

Petit détail de vocabulaire, ITC = introducteur, teneur de marché, soit les professionnels qui vous accompagne lors de l'IPO, issus bien entendu de la banque "garante" le plus souvent...
Bref, je ne vais pas vous refaire ici l'histoire de cette période où j'ai été tout à la fois -modeste- acteur et observateur attentif. Tout est bien décrit dans le documentaire dont il est question ici, même si de nombreux noms sont oubliés, l'essentiel est bien là.

En visionnant enfin ce film, j'ai finalement été bien content de ne pas faire partie de cette galerie de portraits : pratiquement tous et toutes s'en sortent mal (sauf Codorniou, Billaut et Berribi peut-être). On peut remarquer qu'Orianne Garcia y est particulièrement horripilante, à la limite du supportable avec ses ricanements complétement artificiels, un beau cas !
En fait, il y en a quelques-uns que je n'ai croisé que ces dernières années (à l'occasion du Web 2.0 donc) comme Simoncini ou Le Meur.

Voici donc ce morceau de bravoure qui permet de se rappeler comment tout cela a débuté chez nous... Olala, que d'émotions !
Ici en deux parties : d'abord la première, puis la seconde (logique hein ?)...

Alain Lefebvre le 28.11.07 à 10:24 dans Chroniques informatiques - Lu 397 fois
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Commentaires

Passionant ! Cela démontre une fois de plus que le grand "n'importe quoi" préside aux destinées de l'économie mondiale. La loi du marché, le profit à court terme... bienvenue dans le monde merveilleux des Bizounours du capital.

johannes - 29.11.07 à 15:13 - # - Répondre -

Re: la mémoire des marchés... est nulle !

Oui, c'est du grand n'importe quoi et ça va revenir, pareil encore en encore !
C'est Elie Cohen qui a eu le mot juste pendant ce documentaire : "désormais, c'est fini : je ne crois plus à l'intelligence des marchés".

Le pire, c'est de voir l'attitude unanime et stupide des gens avant l'éclatement de la bulle (qui a commencé en avril 2000) : n'importe qui pouvait réussir son introduction en bourse.
Et les mêmes après les secousses d'avril et de juin 2000 : c'est terminé, seuls les très gros peuvent désormais aller sur le marché.
Moralité, on n'a écouté personne et on a réussi notre intro (Groupe SQLI au nouveau marché de Paris) à fin juillet 2000, contre tous les pronostics !

Moralité-bis : n'écoutez personne, faite ce que vous pensez devoir faire et advienne que pourra...

alefebvre - 30.11.07 à 16:31 - # - Répondre -

Intelligence...ou efficience des marchés

Cher Alain,

J'ai pu visionner les deux parties du reportage et je l'ai trouvé fort intéressant, malgré quelques simplifications et/ou omissions excessives (mais parfois nécessaires lorsqu'on s'adresse au grand public).

En revanche, je souhaiterais intervenir sur des points du reportage et sur votre commentaire. Elie Cohen a affirmé qu'il ne croyait plus en "l'efficience des marchés", ce qui est très différent de "l'intelligence des marchés". Votre commentaire ne reflétait pas la pensée du Pr Cohen, mais n'en demeure pas moins fondée.

Je pense qu'Elie Cohen a tort, car tout au contraire, l'ensemble du document tend à corroborer l'efficience des marchés, qui est un des postulats de la théorie financière moderne.

Ce postulat est le suivant : "les marchés financiers absorbent toute l'information disponible".  Il n'est fait mention nulle part dans ce postulat de la qualité de l'information (ce qui serait le cas dans "l'intelligence des marchés" de votre commentaire).

Il est très difficile de mettre le postulat d'efficience en défaut dans la mesure où il existe trois formes d'efficience :
- si l'absorption est rapide, l'efficience est dite "forte",
- si l'absorption est lente, l'efficience est dite "faible",
- si l'absorption est normale, l'efficience est dite "semi-forte".
Dans quel sens ce documentaire corrobore-t-il ce postulat ?

Tant que tout le monde pense que les start-up valent de l'or, le marché se comporte en conséquence (efficience forte) ; aussitôt que chacun réalise que les start-up valent moins que le papier sur lequel leurs titres sont imprimés, le marché en est affecté (efficience forte).
En revanche, on peut mettre en doute l'intelligence des marchés. Mais même la théorie économique fournit les outils pour la comprendre. Un marché possède les bonnes propriétés (c'est à dire l'intelligence) tant que l'information dont disposent les acteurs qui y opèrent possèdent au moins deux qualités :
- elle est complète (tout le monde sait la même chose) ;
- elle est parfaite (ce que chacun sait est vrai).

Quand ces deux conditions sont réunies, les marchés sont intelligents. Et cela est enseigné aux étudiants d'économie et de finance de la licence en master. Pourtant dans ce reportage, il est frappant d'observer à quel point :
- non seulement certains étaient mieux informés que d'autres (ils connaissaient la valeur réelle de firmes qu'ils ont vendu à prix d'or en empochant des primes totalement déconnectées de la réalité) ;
- mais certains avaient une vision totalement erronée du marché (les propos sur la valorisation m'ont complètement sidéré).

Je sais que mon commentaire était très long, mais je tenais à clarifier ces quelques points, car si j'apprécie votre blog, j'ai aussi le sentiment que certaines inexactitudes peuvent sérieusement biaiser une analyse pertinente.

Pour résumer :
- Vous avez tort de penser qu'Elie Cohen a raison, puisque vous évoquez deux phénomènes distincts mais complémentaires ;
- Si Elie Cohen a tort, c'est parce que les marchés financiers, pendant la nouvelle économie ont bel et bien été efficients ;
- Vous aviez raison sur la "non-intelligence des marchés", puisque manifestement, l'information disponible n'était ni complète, ni parfaite.

Amicalement.

Yannick ZUE - 02.12.07 à 12:22 - # - Répondre -

Re: Intelligence...ou efficience des marchés

Commentaire long mais intéressant, revenez quand vous voulez !
Je ne connaissais pas ces définitions sur l'efficience.

Pour revenir encore une fois sur cette période, il faut se souvenir que tout le monde (enfin, au moins les acteurs concernés) savait que la bulle allait éclater. La vraie question à ce moment-là c'était "quand ?"...
Je me souviens d'avoir rédigé une chronique sur les valorisations des start-up aux USA : un site d'enchères inversées sur les billets d'avions avait atteint une valorisation qui représentait plusieurs fois celles des principales companies aériennes américaines... Il était alors clair que nous étions en plein délire !
Mais comme ça durait, chacun voulait en profiter, jusqu'à la dernière minute, jusqu'à la dernière miette. Dans un contexte pareil, il n'y a plus de place pour l'intelligence, juste une course absurde en attendant le couperet (qui est bien tombé finalement).

alefebvre - 02.12.07 à 18:10 - # - Répondre -

Encore une autre bulle... aujourd'hui ?

Non, aujourd'hui la situation est plus comme en 1997 (où on sentait bien le début de quelque chose d'énorme) que comme en 1999 (où la folie battait son plein).
Ceci dit, une nouvelle bulle est toujours à craindre et voici une vidéo marrante sur le sujet :

alefebvre - 04.12.07 à 18:47 - # - Répondre -

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